Je me sens pleine de reconnaissance aujourd'hui. Je travaille sur un projet collectif, quelque chose qui va m'aider à exorciser ce qui me ronge depuis près d'un an maintenant. Qui va me permettre d'en faire quelque chose de beau et créatif, entourée des gens que j'aime et qui me soutiennent. Et qui sont tous talentueux à leur façon. J'ai tellement de chance de les connaître et de les côtoyer.
Aujourd'hui je me sens reconnaissante pour la vie que je mène. Et pour la liberté que j'ai acquis. Ce n'est pas simple tous les jours, mais je m'en sors bien et je mesure ma chance.
La vie est étrange tout de même. Certains jours tout semble sombre et on ne voit pas d'issue, le lendemain rien n'a changé, mais la vie semble plus légère. Et parfois l'univers vous fait monter dans des montagnes russes sans prévenir et vous entraîne dans ces méandres, en haut, en bas, en haut, c'est vertigineux, incompréhensible sur le moment, ce n'est qu'après coup qu'on se rend compte de ce qui vient de se passer.
La semaine dernière a été de celles-ci. J'ai dû vérifier dans mon agenda que tous ces évènements se sont bien passés la semaine passée seulement, mais oui. C'est bien le cas. Tant de bouleversements, de joies et de pleurs en si peu de temps, et un seul cerveau pour tout encaisser. Spoiler alert : je n'ai pas bien encaissé. Mais je me sens chanceuse malgré tout d'avoir tout ce soutien autour de moi, ces bras tendus, ces mots réconfortants. Ils me sont si précieux et m'aident à me relever quand je n'en ai plus la force.
On m'a dit "je t'aime" la semaine dernière. Un premier "je t'aime" entre nous. C'est la troisième personne de ma vie qui m'a dit ces mots. Et même si jusqu'à présent ils avaient un lourd impact et un sens profond, j'essaie de me détacher de ça, j'essaie de ne pas mettre trop de pression ni d'attente derrière ces termes. Mais ils me réchauffent le cœur, me rassurent et débrident mes sentiments. Jusqu'à présent j'avançais avec le frein à main, craignant d'en faire trop, craignant d'effrayer et de faire fuir. Mais il ne fuira pas. Il me l'a dit. Et ces quelques mots ont réussi à calmer mes peurs. Quand il est revenu de son voyage et qu'il m'a dit qu'il était amoureux de moi, mon coeur n'a pas explosé de joie, il a trouvé sa juste place. Comme quand on s'assied enfin dans un fauteuil parfait, dans une pièce chaleureuse où on se sent bien, alors qu'on était fatigué et effrayé. Notre lien n'est pas de ceux qui explosent avec des paillettes et des feux d'artifice, mais il est de ceux qui se construisent lentement et solidement. Calmement. Doucement. Surement. Et toujours augmentant. Le genre de lien que la vie ne détruit pas aussi facilement. Un endroit sûr. Je suis si heureuse de l'avoir auprès de moi, et sa présence me fait tant de bien. J'espère lui en faire autant. Je suis si reconnaissante d'avoir croisé son chemin. La probabilité pour que ca arrive était si faible, il a fallu tant de coïncidences et de circonvolutions, c'est drôle. Ma vie est jonchée d'évènements comme ça. C'est comme si un scénariste peu talentueux torturait son histoire juste pour faire arriver un évènement improbable en sortant sa carte "ta gueule c'est magique". C'est une carte si drôle, je l'ai vue dans certains jeux de rôle, confiée au maître du jeu à brandir à ses joueurs quand on fait un tour de passe passe pour arranger le scénario. Je suis à peu près sûre que le scénariste de ma vie en fait autant. Des fois je me dis "attend quoi ?" et il sort sa carte "ta gueule c'est magique". Cette relation est magique. Ta gueule et profite.
Dans le même temps j'apprenais que cette fille, que j'ai rencontré il y a peu mais que j'apprécie beaucoup, n'en a plus que pour quelques mois à vivre. Et je suis bouleversée, bien évidemment, mais en même temps son calme et sa douceur face à tout ça sont impressionnants. Elle accepte, autant que possible, ce qui va se passer. Elle a envie de profiter des derniers moments de façon joyeuse et douce. J'ai envie de passer du temps avec elle, autant qu'elle le souhaitera, qu'elle le pourra, j'ai envie de prendre le temps de lui dire au revoir comme il faut. Je crois que c'est ce qu'elle veut aussi. Quand on est passé près de la mort, quand on a été confronté à cette probabilité concrète, je crois qu'on passe à un autre niveau de calme vis à vis de la fin de sa vie, comme de la fin de celle des autres. On comprends, plus que tout le reste, que c'est possible. Que ce n'est pas un mythe et que ça peut arriver à tout moment. ca remet les choses en perspective. Je crois que c'est ce qui m'a fait prendre des décisions radicales dans ma vie récemment : l'urgence à vivre, parce qu'on a pas de deuxième chance et que ce monde a tant à offrir.
Après ces pleurs et ces émotions fortes, j'ai un peu craqué. J'avais commencé un nouveau boulot, quelque chose de simple a priori, juste quelques heures, rien de compliqué, mais je n'ai pas pu, c'était trop. Trop d'émotions à gérer, trop de stress, trop de nouveauté, je me suis effondrée. Et j'ai eu honte de ça. De ne pas y arriver. Bien sûr je suis bien entourée et on me rassure, mais ça m'inquiète pour l'avenir. J'ai peur de ne plus y arriver. Je vais me laisser un peu de temps.
Le week-end suivant je le rencontrais. Je n'avais pas du tout la tête à ça, perdue entre tous mes sentiments contradictoires, en pleines montagnes russes, j'avais juste envie de me défouler, d'évacuer toutes ces tensions et de ne plus penser à rien. N'est-ce pas pour cette raison qu'on sort le samedi soir ?
Quand il est arrivé dans le bar où j'attendais mes amis, et qu'il s'est assis à notre table en se présentant, je l'ai tout de suite trouvé attirant. On a échangé, un peu, mais il y avait du monde et on s'est mêlé à toutes les conversations. La suite de la soirée, et de la nuit, et de la journée suivante, a été toute autre. Quelque chose s'est passé. Quelque chose qui m'inquiète, parce que j'ai déjà vécu ces débuts de relations foufous, qui démarrent en trombe et retombent comme des soufflets une fois l'excitation passée. Alors je reste prudente. Mais quelque chose s'est passé. Une petite graine. Toute petite, toute jolie. Je vais l'observer prudemment, ne pas m'emballer. Je vais juste l'observer. Et attendre. C'est encore ce que je fais de mieux ces derniers temps. Mais au fond de moi, il y a un cœur qui est une gamine de 14 ans qui vit dans une chambre rose à paillettes et qui regarde sa photo en soupirant. J'ai de l'affection pour elle, je suis heureuse qu'elle se sente bien, mais moi je reste prudente et sur mes gardes.
Je ne veux plus souffrir. Je ne veux plus que de la douceur et de la sécurité.
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