J'ai passé une grande partie de ma vie à me transformer en origami humain. À me plier en douze pour correspondre aux attentes des uns, ne pas heurter les autres, faire plaisir à tout le monde, en oubliant qui j'étais, quels étaient mes besoins, mes envies et mes sentiments.
Aujourd'hui j'ai toujours ce biais, que je combats jusqu'à un certain point. Un papier qui été plié si souvent et si longtemps garde forcément des marques de pliures et j'aurai toujours ce réflexe, aussi fort que j'essaierai. Je ne considère pas le fait de vouloir faire plaisir comme un défaut ou une contrainte. Ça fait partie de moi aussi et j'aime être une personne attentive aux besoins des autres. Mais désormais je fais aussi attention aux miens et ça change tout.
J'essaie de peser mes actions et mes paroles pour ne pas heurter ou blesser. Mais je ne veux plus mentir ou me diminuer pour le confort des autres. C'est un équilibre difficile à trouver. Parfois parler fait plus de mal que se taire et parfois c'est l'inverse. Parfois ça fait mal à l'autre et pas à moi et parfois c'est l'inverse. Souvent tout le monde peut souffrir mais aussi en sortir grandi et apaisé. Je mesure et réfléchis. Je vais souvent préférer prendre pour moi l'inconfort et la douleur plutôt que de les infliger parce que c'est aussi dans ma nature. Mais j'exprime aussi cet inconfort et cette douleur. Ça c'est nouveau, et j'aime pouvoir avoir cette honnêteté. J'aime être désormais capable de dire "ton choix me blesse, je ne t'en tiens pas rigueur et je ne t'empêche pas de faire ce choix, mais je ne vais pas taire ma douleur pour ton confort."
C'est très nouveau, et je tremble chaque fois que je me tiens debout, bien droite dans mes bottes, à militer pour moi-même. Par le passé j'en ai lourdement payé les conséquences et ce souvenir me fait avoir peur de ça. Mais maintenant je considère que si on me fait payer pour simplement vouloir être vue et entendue, ce n'est pas juste. Alors timidement mais fermement, je me lève, et calmement, je dis : "non".
Et je suis fière d'être devenue la personne que je suis aujourd'hui, qui sait dire ce petit mot de rien du tout, mais qui change tout. De plus en plus, j'ai pris confiance avec le temps. Aujourd'hui c'est moins difficile mais dans les temps où je suis diminuée, c'est clairement cette confiance en moi qui disparait en premier et c'est là que je dois faire attention à rester bien entourée.
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