Ce n'est rien d'autre qu'un souvenir.
Rien qu'une bulle. Elle a éclaté à cet instant-là, ce moment insignifiant, tout doucement, juste comme ça.
Pop.
Un souvenir enfoui, enterré très profond, si profondément que pendant des années je ne savais même pas qu'il était là.
Mon esprit le savait, lui. Patiemment il a décortiqué l'évènement. Il s'était enfermé, seul, dans la cave de mon château mental, dans une pièce secrète dont je n'ai pas les clés, une pièce dont je ne soupçonnais pas la fonction, ni même l'existence. Et là, très lentement, méthodiquement, pendant des années (beaucoup d'années) il l'a découpé, éclaté, autopsié, analysé.
Ce qui en reste aujourd'hui est froid et clinique, aussi beige et factuel qu'un rapport administratif. Les mots sont nets, les termes précis, le dossier a été rempli, classé, rangé, digéré, merci au revoir. Alors il était temps de me le rendre, j'imagine.
Ce matin-là, pendant que je ne faisais rien de spécial, là comme ça d'un coup, ce souvenir est revenu.
Pop.
Je n'ai pas été surprise, parce que je l'avais toujours eu en moi. J'ai su immédiatement que je l'avais toujours su, que j'étais au courant de son existence, c'est juste que je ne m'en souvenais pas. J'ai ouvert le dossier, froidement, sans rien ressentir de spécial. Bien sûr, je me dis que c'est justement à ça que sert cette pièce secrète dans ma tête : enlever tout affect d'un évènement bien particulier pour qu'une fois qu'il sera révélé ça ne me perturbe pas.
Une salle de décontamination.
Mais le paradoxe de tout ça c'est que c'est justement mon absence de réaction qui m'affecte. Ma froideur face à cette non-révélation. J'ai pensé que si j'avais accès à ce souvenir maintenant c'est que j'étais assez forte pour l'encaisser. Quelqu'un, là dans ma tête, a dû tamponner un papier disant que j'étais apte, assez solide sur mes jambes, bonne pour me souvenir.
Peut-être que ce quelqu'un s'est trompé ?
Ce n'est pas l'évènement en soi qui me ronge, ce n'est pas le fait que j'ai dû laisser ça de côté pendant tout ce temps pour réussir à le regarder en face, c'est qu'aujourd'hui ça ne me fait rien du tout, nada. Et ça, ça me mets dans une colère froide. Et j'ignore pourquoi, parce qu'en dehors de ça je ne ressent rien. Ca me laisse de marbre. Je ne pleure pas, je ne suis pas triste, je ne me sens pas mal, ni différente. C'est une simple information, froide, factuelle, beige. Un dossier, que finalement je connaissais déjà. Pas du tout une révélation. Ca n'a même pas été si dramatique, je vais bien. C'est juste un dossier. Un de ceux que je peux ranger dans mon armoire mentale, ni plus important ni plus central que les autres. Un simple souvenir. Un fantôme d'une autre époque qui ne peut pas me faire le moindre mal, qui ne signifie rien.
Une simple bulle, qui a éclaté.
Pop.
Ne reste que la colère, et à trouver quoi en faire maintenant.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire