dimanche 30 octobre 2022

Trauma

Ce n'est rien d'autre qu'un souvenir.

Rien qu'une bulle. Elle a éclaté à cet instant-là, ce moment insignifiant, tout doucement, juste comme ça. 

Pop.

Un souvenir enfoui, enterré très profond, si profondément que pendant des années je ne savais même pas qu'il était là.

Mon esprit le savait, lui. Patiemment il a décortiqué l'évènement. Il s'était enfermé, seul, dans la cave de mon château mental, dans une pièce secrète dont je n'ai pas les clés, une pièce dont je ne soupçonnais pas la fonction, ni même l'existence. Et là, très lentement, méthodiquement, pendant des années (beaucoup d'années) il l'a découpé, éclaté, autopsié, analysé. 

Ce qui en reste aujourd'hui est froid et clinique, aussi beige et factuel qu'un rapport administratif. Les mots sont nets, les termes précis, le dossier a été rempli, classé, rangé, digéré, merci au revoir. Alors il était temps de me le rendre, j'imagine.

Ce matin-là, pendant que je ne faisais rien de spécial, là comme ça d'un coup, ce souvenir est revenu.

Pop.

Je n'ai pas été surprise, parce que je l'avais toujours eu en moi. J'ai su immédiatement que je l'avais toujours su, que j'étais au courant de son existence, c'est juste que je ne m'en souvenais pas. J'ai ouvert le dossier, froidement, sans rien ressentir de spécial. Bien sûr, je me dis que c'est justement à ça que sert cette pièce secrète dans ma tête : enlever tout affect d'un évènement bien particulier pour qu'une fois qu'il sera révélé ça ne me perturbe pas. 

Une salle de décontamination.

Mais le paradoxe de tout ça c'est que c'est justement mon absence de réaction qui m'affecte. Ma froideur face à cette non-révélation. J'ai pensé que si j'avais accès à ce souvenir maintenant c'est que j'étais assez forte pour l'encaisser. Quelqu'un, là dans ma tête, a dû tamponner un papier disant que j'étais apte, assez solide sur mes jambes, bonne pour me souvenir.

Peut-être que ce quelqu'un s'est trompé ?

Ce n'est pas l'évènement en soi qui me ronge, ce n'est pas le fait que j'ai dû laisser ça de côté pendant tout ce temps pour réussir à le regarder en face, c'est qu'aujourd'hui ça ne me fait rien du tout, nada. Et ça, ça me mets dans une colère froide. Et j'ignore pourquoi, parce qu'en dehors de ça je ne ressent rien. Ca me laisse de marbre. Je ne pleure pas, je ne suis pas triste, je ne me sens pas mal, ni différente. C'est une simple information, froide, factuelle, beige. Un dossier, que finalement je connaissais déjà. Pas du tout une révélation. Ca n'a même pas été si dramatique, je vais bien. C'est juste un dossier. Un de ceux que je peux ranger dans mon armoire mentale, ni plus important ni plus central que les autres. Un simple souvenir. Un fantôme d'une autre époque qui ne peut pas me faire le moindre mal, qui ne signifie rien.

Une simple bulle, qui a éclaté.

Pop.

Ne reste que la colère, et à trouver quoi en faire maintenant.

mercredi 19 octobre 2022

La servante des Dioromes

 

(texte de travail)

Hélène marchait seule depuis un long moment déjà.

Elle avait soudainement quitté la chaleur de sa maison pour la matinée froide et brumeuse de ce mois de novembre, sans savoir exactement où elle allait. En enfilant son bonnet rose avec un gros pompon sur le dessus elle avait croisé le regard interrogateur de son petit chien, confortablement lové dans son panier. "Pas cette fois Gumball" lui dit-elle, avant d'ouvrir la porte et de partir sur le chemin qui démarrait juste à l'arrière de sa maison.

Elle avait besoin de réfléchir. C'était l'explication qui lui paraissait la plus plausible, la raison qui l'avait poussée à sortir. Ce n'était pas dans ses habitudes, mais sa vie était plutôt stressante en ce moment, il était logique dans ces conditions d'avoir des sautes d'humeur et des réactions qui sortent un peu de l'ordinaire, non ? Après tout elle ne s'accordait que rarement ce genre de mouvement impulsif, et il était peut-être temps, maintenant qu'elle avait dépassé les 30 ans, de commencer à vivre d'une façon un peu plus spontanée. De chercher un peu de nouveauté, de vie. Et ça commençait sans doute par une sortie dans les bois sans prévenir personne. Ah oui tiens c'est vrai, elle était sortie sans prévenir personne. Son mari la chercherait peut-être quand il aura fini de bricoler sa moto dans le garage. Ou alors il ne remarquerait son absence qu'une fois qu'il aurait faim.

Perdue dans cette réflexion, marchant d'un bon pas sur le chemin de terre qui s'enfonçait dans le bois, elle remarqua soudain du coin de l’œil un mouvement similaire au sien. Un autre promeneur derrière elle. Qui marchait du même pas, sur un autre sentier.

Elle commença à se sentir nerveuse et elle chercha ses clés dans sa poche pour s'en servir comme d'une arme éventuelle, comme une amie le lui avait montré. Elle ralentit légèrement et se tourna un peu et elle pu alors voir que l'agresseur dont elle avait eu si peur une seconde auparavant se trouvait être une femme. Le soulagement l'envahit instantanément et elle se détendit. Comme Hélène la dévisageait un peu tandis que l'autre se dirigeait vers elle, elle se rendit compte qu'il y avait encore deux autres femmes sur le chemin, qui se dirigeaient toutes dans la même direction et du même pas décidé. Elle s'arrêta alors, interloquée, et regarda toutes les promeneuses qui semblaient toutes aussi étonnées qu'elle. C'était comme si aucune de ces quatre femmes ne savait ce qu'elle faisait là. Comme si elles avaient toutes répondu à un appel silencieux qui les aurait conduites juste ici, à ce moment précis.

Les trois autres femmes la rejoignirent là où elle s'était arrêtée et l'une d'elle regardait fixement vers la cime de l'arbre le plus proche. Lorsque Hélène leva les yeux, elle vit une robe jaunâtre, déchirée, sale, qui pendait dans les branches. Une robe d'été, avec des petites cerises rouges brodées autour du col. Elle se demanda comment cette robe avait atterri là et depuis combien de temps elle pendait comme ça. Elle pensa aussi immédiatement à toutes les circonstances dramatiques qui auraient pu conduire à ce qu'une robe d'été se retrouve pendue dans un arbre sans sa propriétaire et elle frissonna. Elle serra de nouveau nerveusement ses clés dans sa poche.

Le silence s'était abattu sur la forêt. Les quatre femmes ne bougeaient pas et aucune n'avait ouvert la bouche. Elles se tenaient simplement là, en rond, immobiles, inquiètes. Un craquement retentit soudain au loin, et une large forme sombre commença doucement à se dessiner derrière les arbres, à une centaine de mètres de l'endroit où elles s'étaient rassemblées. Hélène ne l'avait pas encore vue. Elle détourna les yeux de la robe et relâcha ses clés, puis elle regarda les trois autres femmes qui l'entouraient en silence. Elle ne les connaissait pas et ne les avait jamais vues. La première qu'elle avait aperçu sur le chemin semblait avoir dans les 50 ans, et Hélène se fit la réflexion qu'elle n'était pas habillée très chaudement pour la saison. Elle la regarda un instant se tortiller sur place pour chercher vraisemblablement à trouver la source du craquement qu'elles avaient entendu quelques secondes auparavant. La deuxième femme devait avoir son âge, et en croisant son regard elle y lut une incroyable terreur, sourde et ancestrale, comme si elle pressentait ce qui pourrait leur arriver. Comme si elle le savait mais ne pouvait rien y faire. Hélène remarqua alors la forme sombre qui glissait lentement à travers les feuillages. Elle lâcha la femme du regard et regarda dans la direction où la brume ténébreuse s'était matérialisée. Elle semblait plus proche à présent, bien que toujours floue, comme une simple fumée grise sans contour se déplaçant parmi les arbres. Elle avait le pressentiment qu'elle pourrait soudain foncer sur elles et les engloutir dans le néant. Un souffle froid s'abattit soudain, ses jambes refusaient de répondre, elle ne pouvait que rester là et attendre, dans le silence.

Un autre craquement se fit entendre, juste au-dessus d'elles cette fois, et la robe en lambeaux se mit alors à tomber, d'abord lentement, comme si elle flottait légèrement, puis elle s'écrasa brusquement sur le sol dans un bruit léger de tissu. Hélène se pencha pour la ramasser, mais le contact de ses doigts avec le coton rêche lui fit l'effet d'une petite secousse électrique et elle lâcha immédiatement l'étoffe dans un sursaut apeuré.

Elle entendit alors un petit gémissement, et son attention se porta sur la troisième femme. Elle remarqua alors seulement que celle-ci ne portait pas de chaussures et que ses bras étaient très écorchés et sales, tout comme ses vêtements. Elle était la plus jeune de toutes, et avait la peau fine et blanche sous la terre et les traces de sang séché. Elle fut la première des quatre à prendre la parole. D'une voix fluette mais assurée elle lança une phrase qui semblait solennelle, mais dont les mots n'avaient aucun sens.

"Servante des Dioromes, le maître repose parmi les ombres"

Le maître ?  Les dio quoi ? Non mais qu'est-ce qu'elle raconte ? A qui elle parle là ?

"Hélène, l'heure est maintenant venue, accomplis le rituel"

"Hein ?!" Elle regarda la jeune fille qui la toisait sans vraiment la regarder. Elle semblait ne pas avoir conscience de ce qu'elle disait, ni de ce qui se passait autour d'elle. Le vent se leva d'un seul coup, soulevant ses cheveux et les projetant devant son visage, et se mit à tourner autour des quatre femmes comme si elles se trouvaient au centre d'un tourbillon vertigineux. Il prenait de la force à mesure que la jeune fille continuait à parler, mais Hélène ne distinguait plus le moindre mot tant le bruit du vent devenait assourdissant. Elle paniqua, mit ses mains sur ses oreilles et hurla, mais elle ne pouvait toujours pas bouger les jambes. Les yeux fermés elle entendait des cris mais elle ne parvenait plus à savoir si c'était les siens ou ceux des autres femmes. Le vent s'engouffrait dans sa bouche, la bousculait en tout sens et la fit chuter sur les genoux. Elle était tétanisée par le froid glacial, la terreur la paralysait, le vacarme l'étourdissait, elle était sur le point de perdre connaissance.

Et tout à coup, plus un bruit.

Elle se trouvait... quelque part. Il n'y avait soudain plus le moindre souffle de vent, plus le moindre son, plus la moindre lumière non plus. Elle était toujours à genoux mais elle ne sentait plus les petits cailloux pointus du chemin lui déchirer la peau à travers le jean. Elle posa la main au sol et toucha une surface lisse et froide, comme du marbre. Le son que firent ses doigts en caressant la pierre résonnait étrangement fort, comme si elle se trouvait dans une pièce aux dimensions titanesques.

Elle ne ressentait plus de froid non plus, mais le noir profond qui l'enveloppait lui donnait l'impression de ne pas être seule dans cet endroit inconnu. Elle tendait l'oreille, à la recherche du moindre indice pouvant lui permettre de se diriger vers une sortie, mais alors qu'elle tâtonnait autour d'elle à la recherche d'une paroi, elle entendit un faible glissement derrière elle. Ce son lui glaça le sang. Frénétiquement elle se mit à ramper sur les genoux à l'aveugle dans la direction qui lui semblait s'éloigner de la présence, mais quel que soit la distance qu'elle parcourut, elle n'avait pas l'impression d'avoir bougé. Autour d'elle l'obscurité était totale, et chacun de ses gestes lui paraissait faire un son assourdissant. Elle cessa de bouger et tendit l'oreille. Le bruit recommença, un son répugnant, comme le son pesant, mou et visqueux que ferait un fruit pourri que l'on écraserait sur le sol. Comme une chose abjecte et implacable qui s'approcherait doucement, sachant que sa proie ne peut s'enfuir et qu'elle peut donc prendre tout son temps. Elle se sentait incapable de bouger, figée dans la terreur. Les larmes coulaient doucement sur sa joue, tout espoir semblait vain. Elle sentait sa volonté la quitter à mesure que la créature se rapprochait lentement. Inexorablement. A genoux sur le sol, le menton baissé, brisée, elle se savait perdue. 

Elle attendait.


"Bon, monsieur ces nouvelles recherches n'ont toujours rien donné. Nous avons ratissé tout le bois avec mes collègues, et le seul indice que nous avons retrouvé est son bonnet, accroché dans un arbre. Le sol en dessous semble avoir été balayé avec soin mais nous n'avons toujours aucun témoin de sa disparition malgré toutes les traces de pas retrouvées dans le bois. Nous n'avons rien trouvé sur ces trois autres personnes auxquelles les empreintes appartiennent. Je ne vais pas vous mentir, les éléments dont nous disposons sont vraiment très minces pour le moment. Je ne voudrais pas vous donner trop d'espoir."

Il pleurait doucement, assis sur son canapé, et n'écoutait pas vraiment ce que le policier lui disait. Son petit chien lové dans ses bras, tremblant, il cherchait encore à comprendre ce qui avait pu arriver à sa femme. Où était-elle allée, pourquoi était-elle partie comme ça sans même emmener ses affaires ? Bientôt, quand le chagrin aura fait place à la détermination, il ira la chercher. Il ignorait encore qu'il y passerait le reste de sa vie. En vain.

jeudi 13 octobre 2022

Smoke

(texte d'archive)

 

J'ai eu un bout de conversation "sérieuse" avec mon meilleur ami ce soir, même si elle reste terriblement virtuelle et que ça ne remplacera jamais la tasse de thé qu'on regarde parce qu'on ne sait pas quoi dire, le demi-sourire parce qu'on sait où l'autre veut en venir, et les non-dit qui en disent plus long que ce qu'on n'écrira jamais.
 

Sans internet, j'aurais perdu tous mes amis, et il y en a des tonnes que je n'aurais jamais rencontré, mais avec internet l'essence même de notre amitié me semble diluée, éthérée.
 

Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas eu ce genre de conversation, où on regarde notre vie, on se pose les vraies questions, on ne se raconte pas des sottises pour se faire rire. Il nous a comparés à un vieux couple qui considère que tout a déjà été dit. Ca m'a fait mal, je n'avais pas l'impression de m'être éloignée de lui comme ça, mais dans un sens c'est vrai. Au bout d'un moment, on ne se dit plus l'essentiel.
 

Peut-être parce qu'il n'y a plus la tasse de thé et le demi-sourire, et qu'on n'est plus qu'une adresse email, un texto ou une voix pressée au bout du téléphone. Peut-être.

E.



Et retrouver du sable dans ses poches


 (texte d'archive)



Ce week-end, je suis allée dans la maison de famille probablement pour la dernière fois.

Non en fait, je sais bien que c'était la dernière fois.

Ma grand-tante est décédée l'an dernier. C'était sa maison et elle sera bientôt vendue, et une page de mon enfance sera vendue avec elle. C'est sans doute un passage obligé, et mon caractère de nostalgique n'arrange rien à l'affaire, mais j'ai toujours eu du mal à voir partir des pans de mon histoire, alors je les photographie. Pas dans ma mémoire, elle est bien trop instable, pas fiable pour deux sous. Non, je prend des photos. Partout où j'ai vécu, j'ai pris des photos. De partout, de chaque pièce, même les toilettes, même les placards, tout, partout, pour m'en souvenir.

Ce week-end, avec mon homme et les enfants, nous y sommes allés. Pour eux, ce n'était sans doute qu'un chouette week-end à la mer, pour moi c'était une madeleine géante et si peu de temps pour tout revivre, l'espace d'un week-end, graver une dernière fois dans ma mémoire et dans mes photos tous ces souvenirs d'enfance, ces vacances de Pâques, de la Toussaint, ces moments où j'y allais avec mes parents, ma cousine, on s'en fichait bien à l'époque, ça durerait toujours alors pourquoi s'en faire ?
 
Le vacances là-bas c'était la plage, tout le temps, des châteaux, des trous dans le sable, des circuits de billes, des seaux pleins d'eau et de coquillages. C'était la ballade du soir jusqu'au casino pour regarder les vitrines des boutiques de luxe ou jusqu'aux baraques à touristes, manger une glace, jouer aux arcades et regarder la mer. C'était se laver le sable sur les pieds dans un bidet, c'était marcher, beaucoup, jusqu'à la ville d'à côté et puis revenir encore et recommencer. C'était les cousins, c'était la famille, c'était les bouts de pain et de chocolat avalés avec un peu de sable sur une natte. C'était une partie de nain jaune les soirs où il faisait mauvais. On n'avait pas la télé alors c'était tout le temps pareil. C'était tout le temps pareil et c'était bien.
 
Alors nous y sommes allés passer un week-end tous les quatre, un dernier week-end, mais la maison était froide, humide, minuscule, les meubles avaient été modernisés, la façade repeinte. Non ce n'était déjà plus vraiment la même maison.
 
Dans le placard, il n'y avait plus de jeu de nain jaune, il y avait un vieux fer à repasser "pour les locataires".

Ah oui les locataires. La maison était louée l'été. Depuis toute petite, j'ai toujours entendu parler de ces "locataires", des êtres mystérieux qu'on ne voyait jamais, qu'on n'aimait pas trop parce qu'on avait peur qu'ils volent ou cassent quelque chose. Ils allaient dans la maison, ils dormaient dans les lits, c'était bizarre, mais on n'y pensait pas trop. Hors saison, la maison était à nous, la plage était à nous, la ville nous appartenait, et les locataires ne savaient rien de tout ça, ils n'auraient pas pu comprendre. C'était un secret connu de nous seuls.
 
On y est arrivés dans la nuit, fatigués, énervés, la maison ne m'a pas plu, je ne la reconnaissais pas. Pourtant au matin, le charme a opéré, j'arrivais même à sentir l'odeur du pain grillé qui me réveillait quand je dormais dans l'autre chambre, celle des enfants. Mais ce matin là il n'y avait pas de pain grillé. Mon mari était allé chercher des croissants. Seulement on n'avait jamais de croissants, c'était du pain grillé qu'on avait le matin, pas des croissant ! c'était pas des croissants qu'il fallait, c'était du pain grillé. Du pain grillé. Ca n'allait pas du tout. Et là d'un coup j'ai réalisé ce que je venais faire ici, la raison de ce week-end : revivre toutes mes vacances en une seule fois, les faire vivre à mes enfants, coûte que coûte, je voulais qu'ils aiment ce que j'ai aimé, qu'ils ressentent ce que j'ai ressenti, qu'ils parcourent mes chemins, leurs pieds dans les miens, et qu'ils les trouvent aussi magiques que moi. Bien sûr ça n'a pas marché. Bien sûr que non.

Nous avons malgré tout passé un bon moment, il y a eu des premières fois, le premier tour de manège, les premiers pieds dans la mer, la première bouchée de sable aussi. Nous avons vraiment passé un très bon week-end. Mais il y avait tant de choses à revivre en si peu de temps, et finalement, je crois que j'ai vécu ce week-end un peu seule, plongée dans mes souvenirs, j'étais avec eux, mais pas vraiment à la même époque. Et un peu triste aussi. Et puis au fur et à mesure que le temps passait, j'ai réalisé que la maison ne disparaîtrait pas, que la plage encore moins, et qu'on pourrait revenir, même si on logeait ailleurs, qu'on pourrait revenir et vivre la même chose, que ce serait un peu différent, mais que c'était la vie après tout.
 
De toute façon, c'était déjà différent.
 
Quand il a fallu partir, j'ai dit au revoir à la maison. Je l'ai photographiée partout, même les placards, même les toilettes, et j'ai ravalé mes larmes pour ne pas inquiéter les enfants. Je ne voulais pas pleurer du tout. Tant que je ne pleurais pas, c'est que ce n'était pas vraiment fini, n'est-ce pas ? Et puis j'ai fermé la porte-fenêtre, fermé les volets, tourné la clé, et voilà.
 

Au revoir la maison.
 
Au revoir.

E.