mercredi 2 octobre 2024

Chat noir

 Je tourne en rond sur cette idée. Sur cette envie de ressentir l'amour de quelqu'un. Son regard sur moi, voir sa joie d'être près de moi.


On me dit "sois heureuse avec toi-même, c'est ton amour à toi qui compte". Mais les gens qui me disent ça sont tous en couple. Ils ne rentrent pas tard pour trouver un lit vide, ils ne sont pas seuls dans les moments où leur cœur se déchire, c'est facile dans ce cas de me dire de m'aimer toute seule.


J'apprécie ma solitude. j'apprécie de pouvoir me lever à l'heure qui me plait, me coucher à l'heure qui me plait, allumer toutes les lumières à 1h du matin et écrire, faire du bruit, faire du thé, et ne pas avoir à rendre de compte. A personne. J'ai rendu des comptes toute ma vie, avant de partir de mon mariage, de quitter cette cage dorée où je ne pouvais pas faire un seul mouvement qui ne soit commenté, souvent en négatif. Je ne faisais rien de bien. Toute ma vie je me suis entendu répéter que je ne faisais rien de bien. Encore aujourd'hui, certains de mes proches continuent à penser que je fais n'importe quoi. Ne me donnent aucun crédit, ne croient pas en mes capacités. Et quand on s'entend répéter ça toute sa vie, on en est imprégné, englué, on a les plumes engoudronnées, on oublie qu'on sait voler. On a peur de s'envoler.


Aujourd'hui j'ai peur qu'il soit trop tard, peur de ne jamais rencontrer une âme qui me rende heureuse, peur de trop en demander. Peur que mon cœur se soit trop renfermé sur lui même et qu'il ne sache plus s'ouvrir. Plus jamais. Peur de ne plus savoir comment m'y prendre. Peur de ne plus plaire. Peur que mon corps vieillisse, au contraire de mon esprit qui semble coincé toujours au même âge, et que petit à petit l'écart se creuse. Les gens de mon âge m'ennuient. J'ai peur de cette liberté. Je n'ai jamais été aussi libre, mais je ne sais pas où aller, j'ai la sensation d'avoir été lâchée en plein océan quand je n'ai jamais nagé qu'en me tenant sur les rebords d'une piscine municipale. C'est vertigineux. C'est angoissant. 


Je crois que c'est pour ça que je cherche tant une âme pour m'accompagner. Qu'on cherche tous quelqu'un. C'est pour atténuer cette angoisse du grand vide. De l'espace infini. 


Ce soir j'ai allumé toutes les lumières, j'ai fait du thé, je fais du bruit et j'écris. Il est 1h18 et je ne dérange personne. Et je suis seule. Et je pleure seule. Ca passera, demain au soleil il y aura du bruit et des gens et je danserai. 


Reviendra l'heure sombre des chats noirs.



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