(c'est déconstruit, chaque partie a été écrite à des moments différents, mais j'ai voulu les rassembler en un seul texte, comme des morceaux de lettre déchirée qu'on rassemble pour les scotcher ensemble)
"Ça va toi ?
-oui ça va"
Je n'ai jamais autant menti qu'avec ces trois mots. Mais je souris en les prononçant. Mon corps se souvient des gestes à effectuer, il donne bien le change. Comme ces pantins de bois qui bougent si bien qu'on pourrait vraiment croire qu'il sont vivants.
Mon pantin à moi, dedans il y avait un coeur tout gelé. Tu l'as pris dans tes bras, tu l'as réchauffé, tu as patiemment construit un joli jardin pour qu'il se sente bien et en sécurité. Tout doucement tu as enlevé mes pièces d'armure. Tu as pris ton temps. Tu voulais faire ça bien. Tu as dit que tu m'aimais.
Alors moi, dans mon corps en bois avec mon cœur de glace, je t'ai cru. J'ai baissé ma garde et je me suis lancée sans peur à tes côtés. J'ai fait des projets, j'ai osé rêver d'un futur. C'était beau et sécurisant. Je n'avais jamais connu un si beau jardin. Et dimanche, sans prévenir, parce que tu vas mal, tu as décidé de mettre le feu à mon jardin et de tout détruire. Tu as dit que je ne suis plus aussi distrayante. Je ne t'amuse plus. Hop, au feu le pantin.
Le pantin en a vu d'autres. Il va continuer à bouger et à sourire. Il va rencontrer d'autres gens. Sa coque est noircie mais elle résiste, par contre à l'intérieur tout est détruit. Il n'y a rien à sauver, tout est en cendre. Moi je vais partir. Je laisse le pantin sur la scène, regardez sa danse, jouez avec, prenez en soin. Parce que qui sait, peut-être qu'un jour, mon coeur gelé à la main, je reviendrai l'habiter.
J'ai détricoté le bonnet que je t'avais fait.
"Tu es beau avec un bonnet"
C'est ce que je t'aurais dit en te l'offrant.
J'avais besoin de dire tout ça pour guérir. Pour soigner mon pantin de bois, gratter la couche de cendre et voir qu'en dessous le bois est encore intact. Oui l'intérieur est en cendres, mais sur la cendre la végétation peut repousser. Plus forte, ou pas, mais en tout cas différente. J'avais aussi besoin de temps. Je me le suis accordé. J'ai compris que je ne maîtrise pas tes réactions, que tout ça n'est pas de ma faute. Que je ne suis responsable que de ma colère et que je peux l'éteindre aussi. Que si tu ne m'aimes plus c'est ainsi. Que si tu ne me présentes pas d'excuses, c'est ainsi.
Le soleil se lève tous les jours.