J'écris beaucoup en ce moment. Pas ici, j'écris un scenario de court métrage. Ou peut-être que ce sera une série de courts-métrages. Ou peut-être que ça ne sera rien du tout, mais en cas j'écris. J'écris et j'efface, je n'avance pas. Ou plutôt si, j'avance, mais seulement dans ma tête. Je réalise des choses. Je réalise que le deuil que je pensais faire à propos de mon ancien meilleur ami, n'est pas le seul deuil que j'ai à faire, et que c'est pour cette raison que tout ce que j'ai écris pour ce film jusqu'à présent sonne creux et pas assez complet. Le deuil que je fais en ce moment, c'est le deuil de ma vie d'avant. De la vie que je pensais vivre maintenant. De la vie que je pensais vivre plus tard. Le deuil de qui j'étais, suis et serai. Rien ne se passe comme prévu, et c'est moi qui ai choisi ce virage dans ma vie. C'est moi qui ai voulu ce changement de trajectoire, tout ça pour me retrouver perdue dans les bois quand j'avais une autoroute devant moi.
Mais peut-être que justement cette autoroute ne me rendait pas heureuse, que j'avais besoin d'explorer des chemins dans les bois, même si c'est plus difficile que prévu, même si j'ai découvert plusieurs handicaps que je ne soupçonnais pas et qui me rendent cette marche encore plus compliquée, et paf, encore un deuil de plus à faire, celle de ma vie de valide. Peut-être que j'avais besoin de me confronter au monde, au vrai monde, et à sa dureté. Même si ça me fait mal, même si j'envie les gens autour de moi qui ont des vies si remplies et si stables et si pleines. J'aurais pu avoir encore cette vie si je l'avais voulu. Je ne l'ai pas voulu. Ca n'aurait pas été juste, et je n'avais pas le droit de profiter d'une stabilité qui ne m'était pas due.
Je suis partie. J'ai laissé la tranquilité et le confort et la monotonie. J'ai choisi de vivre. Et j'ai découvert, comme une sotte et naïve que je suis, que ça n'est pas facile. Que les choses qui allaient de soi quand on était deux et que j'avais du soutien, ne vont plus du tout comme je le voudrais maintenant que je dois tout gérer toute seule. J'ai honte parfois de ce manque de débrouillardise et de clairvoyance. On me dit forte, on me dit courageuse, moi je vois une petite fille qui a voulu jouer à la grande et qui ne sait pas s'y prendre correctement. Je vois quelqu'un qui se prend les pieds dans le tapis de la vie et qui aimerait un peu de répit. Mais je ne peux pas l'avoir, parce que je suis toute seule maintenant, et que je l'ai choisi.
Je mène tous ces deuils en même temps. Ca n'a rien de simple, ça n'a rien d'agréable. Mais c'est nécessaire. Un jour peut-être je pourrai stabiliser à nouveau cette vie et regarder en arrière cette période en me disant qu'elle était dure mais qu'elle valait la peine d'être vécue.
J'ai toujours pensé qu'on ne vivait rien par hasard, que tout ce qu'on vit nous mène précisément là on doit être, vers ce qu'on doit vivre. C'est probablement juste une pensée magique pour me rassurer, mais j'aime l'idée que quand on traverse quelque chose de dur ce n'est qu'un chemin vers autre chose de mieux. C'est réconfortant de se dire qu'après l'hiver vient le printemps.
Pour l'instant j'écris. J'efface, je recommence, mais j'avance quand même. J'avance dans ma réflexion, je défriche les chemins qui ne mènent nulle part, les idées qui ne sont pas intéressantes et celles qui font leur chemin, à travers ce que je regarde, ce que je lis, ce qui me nourrit. Tout ceci ressortira d'une façon ou d'une autre. Mon projet grandit, comme une graine qui puise dans le sol la force de sortir et de développer des feuilles. Cette force je la puise en moi aussi. Je veux devenir mon propre pilier quand tous mes autres piliers se sont effondrés. C'est un projet ambitieux mais j'aime cette idée.
Le temps doit encore faire son oeuvre.
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